Toutes les plumes fossiles de cette présentation ont
été trouvées par l'auteur lors d'un travail de
prospection d'échantillons bruts...



Voici une superbe plume
figée dans une expression
"significative" que la taphonomie peut expliquer...

Une plume figée dans une belle expression...

Comment ne pas être émerveillé par le piège de l'ambre et ses inclusions superbes !

      2009 - 2010 sont encore des années bien ambrées avec de riches nouveautés paléontologiques déjà jetées à la presse papier pour gagner la couse à la publications. Les sujets concernent les plumes, lesquelles, ne sont pas celles forcement des oiseaux ! Et bien dites moi ! Si l'ambre révèle des plumes autres que celles des oiseaux !!! C'est la science qui est en marche ! L'ambre et la plume sont les sujets TRES médiatiques du moment, à tel point, à tel point qu'un forum très connu lance les discussions passionnantes. On se demande pourquoi un tel enthousiasme pour des inclusions si petites. Que pourrait se cacher là-dessous? Dans son numéro du 1er octobre 2009, la revue britannique Nature exposait l'analyse d'un nouveau fossile de dinosaure "emplumé", chinois, Anchiornis huxleii. Les français ont du répondant et jouent avec des petits ambres français de Charente-Maritime. Plumes, dinosaures et oiseaux sont et doivent être discutés par les inclusions organiques que l'on possède en France. Oui, Mooosieur, en France !

 

Cette plume exceptionnelle de
75 mm, (voir-ci-dessous) est une
mention issue d'un lot de brut, ...

 

... un lot de brut destiné à
l'industrie pour produire des
vernis, des laques
et des colles...






Difficile de ne pas être troublé par la précision de conservation de certaines
plumes fossilisées magnifiques dans la résine...





Cependant, aussi belles soient-elles les plumes sont les inclusions
récalcitrantes de l'ambre. Et, si elle la pointe plongée dans
l'encre elles servent à écrire, autant dire qu'écrire
leur histoire n'est pas chose aisée...









      Ce qui m'a surtout intéressé (guidé) depuis les premières inspections passionnées de l'ambre ce sont les couleurs. Je m'explique. Depuis les travaux anciens, surtout ceux des années 1950, des auteurs de renom, et ils avaient sans doute raison, affirmaient que les portions de plumes antiques, roulées par le fluage de la résine collante et sale, (on parle ici seulement du matériel balte, et non des résines subfossiles parfois immaculées) n'étaient pas exploitables pour une identification d'espèce. A cette époque où l'étude de l'ambre explorait tout (refusant la course à la publication sponsorisée) l'interprétation des plumes de l'ambre se limitaient (on travaille alors en optique traditionnelle) à la phrase : "C'est une plume d'oiseau ! Mais quel oiseau ?", "C'est un duvet d'oiseau. Entendu, mais de quel oiseau ?"
Plume et duvet, comme inclusions de l'ambre, sont longtemps restés les élèves réfractaires bien indisciplinés des taxonomistes de l'ambre. Tandis que les entomologistes ravis affinaient par leurs découvertes nouvelles leurs inventaires déjà rectifiés par étages et par biotopes, dessinant déjà mieux la biosphère d'ambre, les ornithologues imaginaient le potentiel de connaissances qu'ils auraient eu s'il leur était possible d'identifier les plumes...

      Plus tard, disons trente ans plus tard, des spécialistes américains -très spécialistes!- tentèrent, à partir des plumes notamment originaires de la République dominicaine, (collection de l'institut Smithsonian) de raconter la forêt d'ambre qui hébergeaient forcément des oiseaux. Entendait-on les chants des oiseaux dans la forêt d'ambre ? Et d'ailleurs dans quelle forêt d'ambre ? Les rêves des paléo ornithologues ont été alimentés surtout par le matériel colombien et dominicain. Ah ! Les jolies plumes ! Les auteurs de la grande époque d'après guerre, qui ne travaillent eux que sur le matériel balte, s'étaient imaginé qu'en collectant suffisamment de références il serait loisible (possible ?) de résoudre les difficultés d'identification des oiseaux. Le plus éminent d'entre eux (je ne donne pas de nom pour éviter la polémique) a ainsi décrit 18 inclusions de plumes déposée à Berlin, Königsberg (Kaliningrad) et Gdansk :
"Certaines donnent l'impression d'avoir été soufflées sur la résine par le vent, collées puis recouvertes par l'écoulement suivant. Ce sont des plumes tectrices et une plume de duvet d'une beauté miraculeuse. Cependant, la plupart semblent indiquer que l'oiseau s'est heurté à la résine, puis violemment libéré. Les barbes et les barbules ont été dérangés et, dans certains cas, ce sont de deux à quatre plumes qui ont été arrachées avec leur rachis et dont les barbes ont été tirées brutalement dans une même direction".
Je suis heureux de lire ce texte ancien (évidemment traduit) car, l'esprit de l'observateur contemplatif interprète ici la taphonomie qui consiste à lire la position de l'inclusion par rapport au fluage, ce qui, dans une logique implacable permet de faire des démonstrations merveilleuses riches d'enseignements.

      Jusqu'à récemment, les scientifiques débitaient les inclusions, (même celles de plumes), pour mieux atteindre les structures morphologiques utiles à la description taxonomiques perdant, avec l'ambre enlevé par la découpe, toute lecture de la scène taphonomique. Aujourd'hui avec le synchrotron on ne parle toujours pas de taphonomie.
Les observations des plumes de l'ambre par le synchrotron, (fonctionnel depuis 1994), consistent à générer des faisceaux de lumière dix mille milliards de fois plus intenses que les rayons X des instruments de radiographie classique, comme le scanner médical, pour sonder les détails des structures incluses dans l'ambre. Et, ce qui m'émerveille (oh merveille !) c'est que les observations se sont encore améliorées en constatant que les échantillons d'ambre plongés dans un liquide donnaient de meilleures représentations. Outre la très légère diffraction optique, l'eau permet (je l'ai expliqué au forum) de niveler les déformations des surfaces, gommer les imperfections en réduisant les fissures de surface qui perturbent la trajectoire des lumières. Ce qui est remarqué avec le synchrotron (et pratiqué depuis des années par certains photographes passionnés :E.G.) peut être adopté sans aucun frais en optique traditionnelle ! Démonstration est faite, les résultats sont esthétiques ! L'utilisation de l'eau permet de faire de belles images macro des inclusions de plumes !!!! Alors, voilà.

      Durant de longues périodes les chercheurs ont tergiversé sur les plumes de l'ambre. Si certains (et ils ne sont pas français) savaient exploiter la lecture taphonomique, cette "option" est bâclée par ceux aujourd'hui qui publient sous le dogme de la haute autorité leur nouvelles plumes (qui dit en passant ne sont pas celles d'oiseaux). En y regardant de près, montées ou pas en lames minces, les plumes des collections institutionnelles sont restées longtemps assez muettes. Alors, compulsant l'ensemble des travaux publiés pour comprendre la matière et voir quels pouvaient être le potentiel des sujets ignorés, (monographie E.G. 1985, Livre 2002 ), je me suis finalement orienté vers la couleur. La couleur des plumes fonctionne par plusieurs mécanismes.
Mais, problème, je suis daltonien ! Aussi, même si des plumes par diffraction dans la résine produisaient leurs couleurs iridescentes, il n'est même pas certains que je puisse les discerner ! Bon sang ! Les plumes de l'ambre ennuient-elles donc tous les spécialistes de l'ambre ?

      Au final, lancé sur la piste des couleurs sans les résultats attendus, je me suis mis dans l'idée (totalement folle) d'extraire les plumes de certains matériels, et, vous savez quoi ? J'ai eu quelques résultats ! A déconseiller aux cardiaques tant l'émotion forte emballe le cœur ! Les plumes peuvent raconter une histoire, il suffit juste d'aller la chercher.
Voici, ci-dessous, une extraction partielle de plume, dont certaines ont été publiées (E.G. 2002), dans un travail de découverte qui frise l'émerveillement hallucinatoire !












      Ceux qui savent explorer la gemme d'ambre, guidé par la fibre contemplative, sont vraiment aux portes du paradis! Un écrin d'ambre est une fenêtre ouverte sur un paysage extrêmement riche en indices merveilleux ! Ces paysages de gemmes ont été survolés par les oiseaux, y perdant parfois un peu plus que leur duvet... Les oiseaux des genres actuels ne vivaient sans doute pas à l'Eocène (40-65 M.A.). Les premiers sont apparus au Miocène. Il semble (même si des travaux prometteurs débutent) très difficile de déterminer avec certitude les oiseaux sur la base de quelques portions de plumes. Alors, les inclusions datées de 40 à 65 millions d'années dont font partie celles de l'ambre balte, ne peuvent qu'intriguer les paléo ornithologues... Alors dans les ambres crétacés que dire des traces trouvées ! Voir en bas de page.




      Pour exploiter les inclusions de l'ambre, il est crucial de proposer de belles images (nettes) où les structures anatomiques doivent apparaître pour permettre une lecture analytique. Voici le détail, en photographie haute résolution, d'une plume fossile de l'ambre (plume d'oiseau) où les "barbes" portent les "barbules", qui, enchevêtrées assurent la perméabilité à la structure.
Les références des objets crétacés sans barbules sont alors surtout intéressantes à cette époque charnière où la nature invente les plumes sur des animaux pas tout à fait oiseaux...






Le rapprochement des deux images (ci-dessus et ci-dessous) est utile pour noter les différences
structurelles. Les inclusions sans les "barbules" enchevêtrées (ci-dessous) sont-elles des
"plumes" antiques, antérieures aux vraies plumes des oiseaux ?




Cette inclusion crétacée (ci-dessus et reprise ci-dessous), semble ne pas rentrer totalement dans les prévisions des modèles biologiques. Les prévisionnistes (c'est la magie de la science), sans fossile, sont capables de vous prédire la découverte de fossiles non encore documentés. C'est formidable !!! SAUF que les prévisions sont fausses !!!! L'écueil des prévisions paléontologiques pourrait-il se heurter (parfois) à la découverte de références étranges ? La question est posée avec cet ambre (refusé des scientifiques).
Et d'ailleurs est-ce une plume ? Pour certifier la réalité des inclusions proto-plumes de l'ambre (avouons-le, dans les courses aux publications vite jetées en pâture au public), il faudrait en définitive (ce qui n'est pas la cas) faire autre chose que des observations simplement visuelles. Il faudrait vérifier si oui ou non le rachis est un axe distinct des autres structures et démontrer si les barbes sont fusionnés ou pas. Le principe étant de savoir qui donne naissance à qui, dans quel chronologie, étant convenu que les stades intermédiaires imaginés ne correspondent pas forcément aux fossiles découverts. Avec ce fossile, avons-nous un nouveau stade intermédiaire d'évolution des plumes ?








Les proto-plumes de l'ambre

      Les plumes anciennes de l'ambre existent et sont même assez "bien" distribuées. Peu fréquentes ? Oui et Non... On aurait pu imaginer pire. Elles sont rares, mais, elles existent... Les proto-plumes existent ailleurs que dans l'ambre français. Trois références existent dans l'ambre turonien du New Jersey (Grimaldi et Case 1995; Grimaldi et al. 2000b). Plusieurs traces ont été étudiées dans l'ambre aptien d'Álava (Alonso et al. 2000). Une mention de plume existe dans les ambres santoniens canadiens. Une plume est également étudiée dans l'ambre du Japon (Grimaldi et Case 1995). Une référence doit être évidemment mentionnée dans l'ambre albien du Myanmar (Grimaldi et al. 2002). Et, nécessairement, plusieurs syninclusions de plumes, d'une même espèce hôte, sont référencées dans l'ambre du Liban (Schlee, 1973).


      Aussi bizarre que cela puisse paraître aucun des auteurs cités ici n'a osé montrer ce qui pourrait être un hypothétique support à ces proto plumes... L'inclusion aptienne présentée ci-dessus a alors un intérêt primordial. L'inclusion d'un ambre d'âge aptien - néocomien, restitue ici la portion d'un épiderme étrange formé de petits kystes réguliers surmontés d'une ouverture circulaire. Cette matrice animale pourrait-elle avoir porté des téguments (ici détachés) comme des tiges circulaires rigides, des sortes de proto - plumes ? On peut imaginer bien des espèces hôtes différentes comme les lézards Autarchoglossa dont la peau est parsemée de petites pointes. Mais, non, l'épiderme dégagé des téguments, ici, ne semble pas être celui d'un lézard antique pour plusieurs raisons... Alors, est-ce la peau d'un progénote des dinosaures-oiseaux ? L'attribution systématique est discutée en fonction des fossiles homologues de l'ambre (restes squelettiques de vertébrés et également proto-plumes référencées aussi dans l'ambre)...


      En remontant suffisamment l'orloge du temps (celle contenue dans l'ambre), les plumes antiques des oiseaux ne sont finalement plus celles des "oiseaux" mais bien celles d'autres bestioles à l'origine des oiseaux ! Parfois la structure primitive constitue un stade intermédiaire dans l'histoire évolutive des plumes, mais pas toujours. Et certaines inclusions comme cette mention surprenante (ci dessus) d'un rachis couvert de simples barbes (mais pas de barbules, comment diable est-ce possible !) constitue une référence tout à fait en dehors du registre des prévisions ou références connues et expliquées... Le seul fait d'afficher un objet piégé dans une résine qui ne rentre dans aucun taxon impose une inspection qui forcément dérange la théorie juste finalisée dans le dernier article publié...


      L'invention, puis, les étapes du développement des plumes, sont des sujets d'une importance majeure en biologie. Plusieurs théories sont discutées pour l'invention. Après, au moins grâce à l'ambre, les phases des évolutions morphologiques intimes sont précisées pour finalement permettre la merveille du vol aviaire. Seul l'ambre permet vraiment (avec le détail du niveau de la conservation des inclusions) de lever les lacunes significatives dans la connaissance des morphologies ancestrales au carrefour des étapes évolutives cruciales. Outre la croissance générale des téguments, il faut noter la complexité croissante et la ramification dans un plan autour du rachis où la symétrie joue un rôle fondamental dans la perméabilité, laquelle, constitue vraiment un levier évolutif vers de nouveaux horizons.
La Plume se dessine, l'Histoire s'écrit, et, la Vie est en marche !



Explorer le brut offre vraiment la belle surprise (des inclusions
rares) qu'il n'est pas vraiment possible d'acheter, tant les
prix pratiqués sont élevés... Pour construire une
collection il faut explorer le brut, et,
acheter des pièces à 1.000 €
l'unité n'est pas vraiment
concevable...










La queue emplumée d'un dinosaure dans l'ambre !





Et, aujourd'hui, ...concernant les plumes de l'ambre,... tout s'accélère !!!
L'ambre crétacé birman (99 M.A.) restitue des plumes que l'on peut
enfin certifier appartenir à un dinosaure, (car elles sont encore
fixées sur la queue de l'animal) et, outre la structure
tridimensionnelle conservée, le plus remarquable
c'est que l'on peut affirmer que le plumage
exploré à sa surface était marron
lorsque la face interne
était blanche !




Pour en savoir plus, à lire :
D'un point des inclusions de l'ambre, (je parle de l'ambre seulement, moins des conceptions et théories de l'évolution des plumes), pour étudier les belles plumes anciennes figées dans l'écrin de résine, il faut absolument lire la revue AMERICAN MUSEUM Novitates, qui publie dans son N° 3126, du 5 avril 1995, un article superbe de six pages présentant une plume de 7,5 mm piégée dans l'ambre Turonien du New jersey. Une plume dont on ne connaît pas l'espèce hôte...


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Vous pouvez contacter l'auteur eric.ambre.jaune@hotmail.fr


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